[he can't understand these feelings]
Elle se perdait dans ses songes, doucement mais surement. Comme si la réalité ne valait pas la vie qu'elle pouvait s'inventer. Comme si rien ne rivalisait avec les histoires qu'elle se racontait. Consciente de son incapacité à faire face à la vie, elle se plongeait dans ses songes qui, au début, restaient simplement nocturnes. Mais petit à petit et de plus en plus, ils prenaient le pas sur sa vie, sur la réalité.
Mettant la musique au maximum, les écouteurs scotchés en permanence à ses tympans, elle imaginait sa vie au gré des chansons qu'elle écoutait. Souvent les mêmes chansons passées en boucle résonnaient dans sa tête. Elle était ensuite capable de les réentendre dans son esprit quand le besoin s'en faisait ressentir. Quand, au cours de la journée, elle ne parvenait pas à surmonter et à faire face à la réalité. Elle s'imaginait héroïne sauvant le monde, demoiselle en détresse, meilleur ami secrète du grand méchant ou juste prenant la place du chanteur.
Mais chaque fois qu'elle s'embarquait dans ses pensées, voyageant au grès de ses envies, le retour à la normalité et à la banalité de sa vie ô combien monotone lui paraissait à chaque fois plus difficile. Elle se crashait à chaque fois un peu plus violemment contre ce qui devenait pour elle un menu. Une vie de départ d'où elle partait pour ensuite choisir ce qu'elle voulait être. Devenir astronaute, pirate, agent secret ou même princesse était un jeu d'enfant. Elle n'avait qu'à tendre son esprit vers un pays imaginaire pour s'y retrouver projeté, en sécurité, choisissant avec soin chaque évènement qui arrivait.
Elle ne laissait rien au hasard et recommençait la même scène autant de fois qu'elle le jugeait nécessaire jusqu'à arriver à parvenir à l'état d'accomplissement. La vie parfaite. Celle qu'elle n'arrivait pas à entrevoir, et encore moins à attendre, quand elle se confrontait à la réalité. Ses heures s'écoulait en dehors du cours normal du temps. Elle ne voyait pas passer sa vie, préférant la sureté de ses rêves éveillés.
Mais un jour, elle dut se rendre à l'évidence que la réalité l'avait rattrapé. Elle ne pouvait plus se laisser vivre, elle avait à se prendre en main. Seulement personne ne comprenait qu'elle n'y parvenait pas. Comme si quelque chose l'en empêchait... Toutes ses vies imaginaires se battaient en elles pour prendre le pas sur sa véritable personnalité. Le glissement avait commencé il y a bien longtemps et maintenant, elle se trouvait submergé par tout ce qu'elle ne contrôlait plus.
La solution à ses problèmes devenait à son tour un problème mais sans solution. Car pour s'en sortir elle aurait du en parler, tenter d'être sauver comme la jeune fille en détresse qu'elle s'était si souvent imaginé être. Mais la peur de confronter son imagination à l'évidence du réel semblait au dessus de ses forces. Elle n'en avait plus, les ayant toutes puisées pour se bâtir une bulle où ses divagations régnaient en maître.
La solitude s'ancrait en elle, lui faisant ressentir le gouffre qui s'était établit entre elle et les autres durant ses absences. Le regret germait en elle comme la colère et le dégout. Mais toutes ses émotions n'étaient tournées qu'envers elle-même. Elle s'en voulait, se maudissait, se morigénait. Mais il était trop tard, même rongée de l'intérieur elle ne parvenait pas à sortir le moindre son d'appel à l'aide. Elle s'était piégée elle-même, barricadée, enfermée... pour se protéger mais, et elle en prenait conscience à présent, pour se tuer.
[now its too late, its too late for you]